Le garçon et la ville qui ne souriait plus - David Bry

L’avis de Danilomzb :

 

Dans un Paris transformé par les lois de la Norme, Romain fils du préfet de Police se sent différent, il n’arrive pas à contenter les apparences maintenues par sa mère. Chaque nuit, il se rend sur l’île des parias, là où se retrouvent tous ceux dénoncés par les lois de la Norme, les boiteux, handicapés de toute sorte, marqués sur leur chair, trop gros, trop grands, trop petits, les amoureux choquant la bienséance, en bref ceux qui ne répondent pas au critère de « normalité ». Seulement l’île est en danger et Romain ne supporte pas l’idée de la disparition de ses habitants.

David Bry a écrit une ode à la liberté déguisée en livre d’aventures pour adolescent. On se plonge avec plaisir dans les péripéties de Romain et de ses amis. Romain est un adolescent doux, en recherche de lui-même, n’osant avouer son secret mais rêvant de liberté. Il va se révéler fort, fonceur, défenseur des opprimés, le prix à payer sera lourd et la récompense pourrait être salutaire.

 

Les personnages sont à la fois forts et naïfs, David Bry nous décrit une société basée sur les apparences et les préceptes religieux, oublieuse des qualités de chacun, prête à sacrifier l’innocence sur l’hôtel des bien-pensants. Lion, Akou, Joséphine, et surtout Zacharie, à la recherche de sa maman, sont toutes et tous attachants, même les traitres trouvent grâce aux yeux de l'auteur.

Celui-ci nous dessine un Paris du début du 19eme assez peu reluisant, on y retrouve une certaine île sur laquelle une cathédrale est en ruine (alors M Bry une prédiction ?) abrite ces personnages rendus invisibles, un peu comme si le vrai cœur de la ville avait voulu les protéger. Il a également pris des cours d’argot pour illustrer les dialogues et c’est sympa de découvrir ces expressions oubliées (pour certaines j’ai cru entendre mon père et son langage de titi parisien).

Il y a aussi cette impression de s’entendre  chuchoter à l’oreille : « soyez qui vous voulez être et surtout soyez en fiers », message de tolérance, distillé doucement avec cette écriture presque tendre. On a parlé de la mélancolie de David Bry, dans cet ouvrage je lis de la gentillesse face à la violence de la réalité, je vois de l'espoir devant l'intolérance et ces oppositions me poussent à tourner encore et encore les pages pour savoir qui gagnera. Il joue également très bien avec nos peurs profondes comme celle du rejet, de l'exclusion…

 

Décidément je suis enchantée par l’écriture de David Bry et étonnée par le changement de registre entre ma précédente lecture (Le chant des géants) et celle-ci. Il y a quelque chose de magique dans ses livres et la magie ça ne s’explique pas cela se ressent, se savoure et s’apprécie, avec un joli coup de cœur pour moi.


 

Résumé :

 

Paris, fin XIXe, l'Église a imposé ses Lois, celles de la Norme sous le règne de Nicéphore le IIIe. Les fous, les obèses, les boiteux, les difformes, les homosexuels - en somme, tous ceux considérés comme " anormaux " - sont relégués sur une île, surnommée la Cour des Miracles. Romain, un garçon de bonne famille, fils du préfet de police, aime à s'y rendre en cachette la nuit. Il n'y a que là qu'il se sente lui-même, au vu du secret qu'il porte. Jusqu'au jour où il surprend une conversation et comprend que la Cour des Miracles est menacée de destruction et que ses habitants en seront au mieux chassés. Commencent alors une course contre la montre et l'obligation de s'accepter... enfin.

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